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samedi 31 mars 2007

Homélie du dimanche des Rameaux (c) : "Du jamais vu !"

1. L'évènement rappelé par la fête d'aujourd'hui souligne une première dans la vie de Jésus. Enfin, il a accepté les acclamations de la foule, au lieu de fuir ceux qui disaient de lui qu'il était un grand prophètes et qu'il accomplissait des oeuvres prodigieuses.

Cette fois-ci, c'est l'euphorie autour de Jésus. On l'acclame pour ce qu'il est: le "roi", celui "qui vient au nom du Seigneur". On reconnait sa prépondérance sur les grands de Jérusalem: les pharisiens et les scribes sont désormais insignifiants à côté de Jésus, et certainement le roi Hérode qui ignore tout de la scène en vivant dans sa bulle accompagné de gens plus ou moins dépravés.

La foule s'est exprimée. Les branches d'arbres dans mains, et les vêtements sur le sol soulignent l'approbation populaire, pour qui rien n'est trop beau pour le Messie, l'Oint de Dieu qui passe parmi eux.

2. L'étonnement des "sages" peut sans doute se comparer à celui que nous vivons depuis la dernière élection provinciale: bien que ce soit prévisible, l'entrée triomphale de Jésus dépassait toutes les appréhensions. On se questionne, on s'inquiète, on ne comprend pas. La surprise est totale, surtout que Jésus a toujours évité ce genre de manifestation extérieure.

Ce qui fait donc "jaser" : quoi faire de Jésus? Trop c'est trop. On décide de mettre un terme à cette vague: il doit mourir. C'est le décret du grand prêtre Caïphe, qui se réalisera è la lettre le dimanche suivant.

3. Quel contraste entre l'entrée triomphale et la mort sur la croix. Et pourtant les deux évènements sont liés. l'un semble manifestement mener à l'autre. En effet, l'entrée trimphale amènera la réaction des bien-pensants. Jésus fait du bien. Mais il se dit Fils de Dieu, égal è Dieu. Les foules se laissent entraîner dans cette erreur, donc il faut l'écarter des foules. Nous, nous savons ce qui est vrai. Il faudra même è la rigueur le tuer, "qu'un seul meure pour tout le peuple" plutôt que de laisser le peuple s'égarer.

4. Les scribes, les pharisiens, Pilate, Hérode, et bien d'autres oublient tout le bien fait par Jésus pour le condamner à cause de sa position par rapport à Dieu, qu'il a pourtant réclamée honnêtement en prophétisant, et en ressuscitant plusieurs morts. On se saisira de lui en cachète, on arrachera è Pilate le pire châtiment, plutôt que de revenir sur le fait que Jésus a honnêtement revendiqué pour lui le titre de Fils de Dieu. D'ailleurs, la foule elle-même y croit-elle vraiment?

5. Cette même foule, apparemment, sera celle qui condamnera Jésus à mort. Apparemment. Quelques-uns, des curieux, des agitateurs publiques seront des deux fêtes sans hésitation. Faut-il penser que tous le condamneront à mort? Quelques-uns, oui: Judas est certainement de ce nombre. Il se seront laissé dissuader par le mouvement populaire ou organisé, en écoutant celui qui criait le plus fort. D'autres resteront en arrière (Joseph d'Arimathie, les apôtres après une lâcheté inattendue, ne défendront pas le Maître, mais ne le condamneront pas non plus. D'autres, éloignés de la foule prendront son parti: Jean, Nicodème et Marie. Comme quoi, alors comme aujourd'hui, le Christ fait rarement l'unanimité. Il est plutôt signe de contradiction, comme il l'avait bien prophétisé de lui-même.

6. Mais cela devait arriver pour que la rédemption se fasse. Jésus prendra sur lui notre croix en acceptant que nous soyons tous ses accusateurs: tous sauf Marie. Car si l'on regarde de près, tous ont trahi Jésus: Judas, les grands prêtres, les apôtres, les juifs, les romains, les étrangers à Jérusalem. Tous ont assisté à la mort de Jésus sans réagir. Sauf les saintes femmes, et Marie à leur tête. Jésus s'est laissé porter à la croix par les hommes et femmes assujettis à l'orgueil. On peut certainement dire que c'est l'orgueil de tous les hommes qui l'a cloué èà la croix. Par notre orgueil, le Christ est mort,. Par son humilité et son amour, le Christ nous a sauvés. Mstère de l'iniquité humaine.

7. N'oublions jamais que les rameaux sont déjà des feuilles mortes, même si elles semblent vivantes. Si c'est avec des feuilles mortes, jolies, mais mortes qu'on accueille Jésus, faut-il se surprendre que Jésus meure sur l'arbre de la mort, l'arbre de la croix, celui-là même qui redonnera vie à tous les humains ? Rappelons-nous que par l'humilité et la souffrance accueillie avec amour nous avons la clé de notre salut. Par l'humilité confessons nos péchés; par l'amour, donnons-nous généreusement à ceux qui ont besoin de nous et à Dieu.

samedi 24 mars 2007

Homélie du 5e dimanche de carême (C) : « Va, ne pêche plus ».


1. "Après la pluie le beau temps", ou "Un nuage n'enlève pas le soleil". On pourrait résumer ainsi les conclusions de l'évangile de ce dimanche.

Dans le contexte des conférences de carême, nous sommes rendus à un point important. La rencontre avec Jésus qui pardonne. L'évangile d'aujourd'hui est très expressif sur ce sujet.

2. "Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner" (Jn, 8, 2). Jésus parlait avec autorité, mais aussi avec amabilité. Son regard n'était pas le regard froid des pharisiens ou des scribes, mais celui d'un ami, d'un proche parent. Mais il enseignait. Et ses paroles avaient d'autan plus de portée qu'il le faisait en donnant à chacun de ses disciples une importance personnelle. Pas surprenant qu'il rassemble bientôt tout une foule d'auditeurs qui commencait à délaisser les enseignements de pharisiens et des scribes. Autant Jésus était-il accueillant et bienveillants, autant ses 'adversaires' étaient-ils malveillants et hautains. Nous avons vu dans les deux conférences précédentes ce qui caractérise le regard et l'amitié du chrétien: la contemplation dans l'amour et la disposition à souffrir pour l'autre, ou à tout le moins, de s'oublier pour l'autre. Jésus le faisait d'un point de vue divin et rédempteur. Les scribes et les pharisiens font juste le contraire, mus par leur seul intérêt. Un affrontement s'annonçait, et celui-ci se cristallisera dans l'épisode de l'évangile de ce dimanche.

3. Ne respirant que le mépris et la jalousie envers Jésus, on lui amène
une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? » (Jn, 8, 4-5) Quelle différence entre la bienveillance de Jésus et le zèle méprisant de ces hommes qui ne se soucient guère qu'à appliquer la loi au mépris de la personne de cette femme, coupable bien sûr, d'un vrai délit, mais sans rapport avec la question qui mobilise les scribes. Pendant que Jésus accueille et s'intéresse à ses disciples, les pharisiens n'ont que mépris et discussion à offrir à cette pauvre femme bouleversée. Jésus comprend et excuse, eux méprisent et condamnent. Triste justice humaine qui préfère la justice toute sèche, souvent camouflée sous le nom de 'solidarité' et qui méprise miséricorde et charité.

4. Jésus contemple la scène, et s'appitoie de ce qu'ils ne savent pas aimer. Jésus refuse de regarder (et d'écouter) ces charlatans qui insistent à appliquer la loi de Moïse sans aucune équité.
Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol (Jn, 8, 6). On n'encourage pas ceux qui offensent Dieu et le prochain. Jésus n'a rien à voir avec les hypocrites. Il refuse la communication qui persiste néanmoins. Les traits sur le sol signifient que Jésus ne participe pas à cette parodie de procès. Mais ils insistent... Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.

5. Devant cette provocation née d'un véritable compassion et d'une sagesse exceptionnelle, tous se défilent, tandis que Jésus continue de ratisser le sol du bout d'une branche. Tous demeurent perplexes devant le silence de Jésus: ses disciples, qui sont pris par le dilemme suivant : faut-il sacrifier cette femme à la loi de Moïse ou lui faire grâce par charité ? Les pharisiens et les scribes voient quant à eux qu'il ne peuvent pas soutenir qu'ils sont sans péché, et Jésus peut sans doute réclamer cette vertu pour lui-même. Ils s'éloignent donc, un à la fois, pris à leur propre jeu. Reste la pauvre femme pècheresse qui ne sait trop quoi penser: oui j'ai péché, oui je suis imputable châtiment de la loi de Moïse, mais Dieu sait que si c'était à refaire... Elle réalise l'ampleur de son péché et demande intérieurement pardon au Seigneur.

6. Jésus lève les yeux. Il voit dans les yeux des disciples et de la femme une compassion que les scribes n'avaient pas. Il voit le regret de la femme, et contemple ses dispositions intérieures. Il ajoute alors;
« Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » (Jn, 8, 10-11) Quelques mots qui en disent long sur la miséricorde de Jésus et sur la contrition de la femme. La femme contemple sa vie et Jésus. Dans cette contemplation, l'acte d'amour de Dieu nait, la femme commence une nouveau dialogue qui mènera à sa libération. Et elle recommencera une nouvelle vie où Dieu prendra enfin sa place. La réconciliation amène une vie nouvelle.

7. C'est dans les derniers mots de Jésus que se trouve désormais fixée la nouvelle vie de la femme. "Va, et ne pêche plus". Ne plus pécher. Dans cet avertissement, deux choses apparaissent: Jésus reconnait que la femme a péché, et donc, qu'elle est imputable de la peine que les pharisiens ont proposée. Mais Jésus sait que la femme regrette sa faute, et dans le royaume que Jésus a fondé, l'Église, le pécheur est libéré, s'il désire ne plus pécher. Sur la croix, dans quelques semaines, Jésus prendra sur lui tous les châtiments de la loi mosaïque et de tous les péchés des hommes, et de cette croix jaillira le sang qui purifie et l'eau qui lave (selon les rites juifs). Le sang de l'eucharistie, et l'eau du baptême, qui libèrent non pas de la loi de Moïse ou de la loi de Dieu, mais des peines imparfaites imposées jusque-là dans le peuple de Dieu. Jésus dans sa passion prendra sur lui toutes les fautes avoués par tous les hommes de tous les temps, pour nous apporter une vraie libération, où le pardon exprimé par une vraie douleur, marquée par la ferme résolution de ne plus pécher suffit à redonner la vie en Dieu.

8. Ferme propos de ne plus recommencer. Voilà la condition de la vraie contrition. C'est la ligne de démarcation qui existe entre cette femme assurément pècheresse, et ces homme de loi qui voudraient nous convaincre de leur pureté légale. Eux ne regrettent rien. Ils ont toujours eu raison, et ne veulent rien changer à leur manière d'être. La pècheresse comprend l'offre du Seigneur, et désire l'accueillir. C'est une question de survie, certainement, mais c'est aussi la découverte, pour elle d'un amour nouveau, puissant, et éternel.

9. Le Seigneur nous offre le même pardon. Mais il nous faut changer notre manière d'être, et notre conduite. Le Seigneur ne nous en veut pas d'être pécheurs, mais il attend de nous que nous voulions changer. Avec son aide (quelles grâces il nous réserve), nous sommes pardonnés.

10. Mais le pardon doit être inconditionnel de notre part. Jésus veut que nous nous accusions au ministre désigné pour la pénitence. Ne pas vouloir nous y conformer, c'est mettre un obstacle entre le pardon de Dieu et nous. Nous devenons alors comme ces pharisiens qui pensent savoir, mais qui ne font qu'aggraver leur situation. Jésus apprends-moi, à l'instar de tous les saints, à rechercher ton pardon sans condition, désireux de ne plus accomplir que ta très sainte volonté.


  • L'espérance nous pousse à saisir cette main puissante que Dieu nous tend à tout moment, pour que nous ne perdions pas la perspective surnaturelle, même lorsque nos passions se dressent et nous harcèlent pour nous verrouiller dans le réduit mesquin de notre moi; ou quand, avec une vanité puérile, nous nous plaçons au centre de l'univers. Je vis persuadé que je ne parviendrai à rien sans regarder vers le haut; sans Jésus. Je sais que la force dont j'ai besoin pour me vaincre et pour vaincre naît de la répétition de ce cri: je peux tout en Celui qui me rend fort. Ce cri en appelle à la promesse ferme de Dieu de ne point abandonner ses enfants, si ses enfants ne L'abandonnent pas. (St Josémaria Escriva, Amis de Dieu, n. 213)


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Lectures du dimanche 25 mars 2007
5ème dimanche de Carême

Première lecture : Is 43, 16-21 Promesse du nouvel exode

Psaume : Ps 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6 R/ Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie

Deuxième lecture : Ph 3, 8-14 Renoncer à tout pour être avec le Christ

Evangile : Jn 8, 1-11 Jésus et la femme adultère : « Va, et ne pèche plus »


vendredi 23 mars 2007

Lettre du Prélat de l'Opus Dei (mars 2008)

À l’occasion du Carême, le prélat de l’Opus Dei invite chacun à réaliser, dans sa vie personnelle, les réajustements nécessaires, avec optimisme, comme on le ferait pour qu’un avion ou un bateau parvienne à sa destination.

2e conférence de Carême 2007: Jésus souffre avec nous

1. Hier, en nous attardant sur la notion de regard, nous avons compris que toute relation humaine fondée commence par un regard. Vous rappelez-vous du Renard et du Petit Prince, qui voulaient s’apprivoiser? Ils se regardaient mutuellement et s’appréciaient. Petit à petit, ils s’approchaient.

2. Toute amitié, tout amour, nous l’avons vu, commence par une certaine contemplation. On se regarde. Avant de dire quelques mots, on parle avec les yeux. Et de là l’aventure d’une vie partagée commence. La vie partagée, ou mieux, la vie commune, ou encore la vie ensemble demande une certaine part de sacrifice, d’abnégation. Sinon, gare aux séparations ou à la violence. Ou bien à l'indifférence, où l'on ne se regarde plus, ou pire encore, où on s'ignore. S'estimer c'est se regarder, s'accepter. C'est le bonheur. Mais vivre ensemble n'est pas facile, et procure quelques fois son lot de souffrance.

3. Habituellement, les souffrances de l'amour viennent de ce qu'on ne se voit mutuellement pas tels qu'on est, ou bien que nos aspirations dans l'amour mutuel sont déçues par des gestes ou des impressions produites par l'autre, qui peuvent provenir d'une mauvaise interprétation des gestes d'autrui. La souffrance intérieure est souvent une conséquence de ces déceptions, qui peuvent être vraies (en ce sens elles sont des réelles déceptions) ou fausses (à ce moment-là elles deviennent des erreurs de jugement de notre part). Souvent, les déceptions et les erreurs cohabitent en nous, et nous devenons désorientés et déçus. C'est l'heure de la croix.

4. Les souffrances intérieures donnent naissance à la tristesse, mère de beaucoup de maux. Encore une fois, on peut souffrir intérieurement de bien des maux, avec ou sans culpabilité, pour des raisons justifiées ou non. Cela reste de la souffrance. Nous sommes tous touchés par ce mal du fait de notre humanité frappée les conséquences du péché originel. En offensant Dieu, Adam et Ève on rejeté l'amour gratuit de Dieu qui allait leur donner l'équilibre en tout. Et dès lors, l'amitié s'est transformée en compétition, l'amour en recherche de reconnaissance, le don en faveurs méritées. Et de là, combien de souffrances.

5. Elles sont présentes partout dans l'histoire. Joseph est vendu par ses frères car ceux-ci ne lui pardonnent pas qu'ils soit traité différemment d'eux. Les jalousies engendrent les guerres, même au sein du peuple choisi. Saül n'accepte pas l'amitié de David, qu'il considère comme un possible usurpateur. David, qui s'est épris de la femme d'Urie envoie celui-ci sur le front, pour pouvoir l'épouser, car elle est enceinte de l'adultère qu'il a provoqué. Les prophètes qui demandent un changement de vie à Israël sont poursuivis et mis à mort par ceux qu'ils cherchent è aider. Tout cela parce qu'on ne se respecte plus, qu'on arrive pas à se comprendre.

6. Ce qui donne lieu à d'autres maux: la solitude (on se retire), l'abandon (on nous a laissé, on ne nous regarde plus), ou encore la rupture. Là où il y avait de la vie, et de la joie, il ne reste que pleurs et angoisse. L'absence est d'autant plus difficile à endurer qu'on n'en arrive pas là par sa faute, qu'on est innocent. La solitude est souvent une des plus grandes angoisses.

7. D'autres souffrances sont ne sont la faute de personne. On n'en souffre pas moins pour autant. Une mort subite, une maladie pénible, les incompréhensions incontrôlables... Ici, une question revient toujours: "Pourquoi moi?" Et vraiment, il n'est pas de véritable réponse à cette question.

8. Qu'on souffre dans son corps, ou qu'on souffre dans son âme, on est malheureux. On vit dans un monde où tout le monde souffre, au point où généralement, on pense souvent souufrir plus que les autres.

9. Mais il y a des exceptions. Ce sont les saints. Ceux-ci ne conçoivent pas la souffrance comme ceux qui ne voient que l'horizon de leur vie. Ils semblent voir autre chose. Quelque chose qui ne se voit pas. Et c'est vrai, car les saints sont contemplatifs, ils regardent Dieu. Ils aiment Dieu, car leur perception des faits est illuminée par la bonté de Dieu. Ils souffrent, et ils ne souffrent pas. Là où d'autres voient la souffrance te la mort, il voient l'amour et la résurrection. Pour les premiers, l'automne de la vie est une saison de mort, pour les autres, c'est un moment de joie, malgré les douleurs et les souffrances. 10. Les saints contemplent Dieu dans la souffrance. Ste Thérèse de Jésus soupirait de voir le Seigneur, même quand son imagination souffrante lui faisait redouter le moment de la mort. Saint Josémaria attendait la mort avec une vraie joie, offrant cependant le renoncement de ne plus être avec les siens pour la vie de l'Église. Il en avait offert sa vie. Pour lui, partir vers le Père n'était, disait-il, qu'un "au revoir". Saint Paul se demandait s'il fallait désirer mourir ou vivre, et ne voulait reste ici-bas que pour être un support pour les communautés naissantes qu'il avait collaboré à fonder. Vivre ou VIVRE.

11. Tous les saints ont puisé leurs forces dans l'exemple de Jésus, qui s'est fait homme pour nous sauver (Phil;. 2, 8). Comment est Jésus dans sa passion? D'abord, fort et tout-puissant. Il peut par ses paroles faire tomber ses auditeurs de stupeur (Jn, 18, 6). Mais il est aussi attentionné pour ses disciples, à qui il confie l'Eucharistie comme sacrement de la nouvelle alliance. Mais il souffre et cruellement. Il le voulait (par amour pour nous); il le devait (par amour pour son Père).

  • De quoi Jésus a-t-il souffert ? Ecoutons Saint Thomas: Car la passion du Christ nous fournit un modèle valable pour toute notre vie. En effet, celui qui veut mener la vie parfaite n'a rien d'autre à faire qu'à mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et à désirer ce que le Christ a désiré. Car aucun exemple de vertu n'est absent de la croix. Si tu cherches un exemple de charité: Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. C'est ce que le Christ a fait sur la croix. Et par conséquent, s'il a donné sa vie pour nous, il ne doit pas être trop dur de supporter n'importe quel mal pour lui. - Si tu cherches la patience, c'est sur la croix qu'on la trouve au maximum. En effet la patience est grande pour deux motifs: ou bien lorsqu'on souffre patiemment de grands maux, ou bien lorsqu'on souffre des maux qu'on aurait pu éviter, et que l'on n'évite pas. Or le Christ a souffert de grands maux sur la croix, et avec patience, puisque couvert d'insultes il ne menaçait pas; comme une brebis conduite à l'abattoir, il n'ouvrait pas la bouche. Elle est donc grande, la patience du Christ sur la croix: Par la patience, courons au combat qui nous est proposé, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l'humiliation de la croix. Si tu cherches un exemple d'humilité, regarde le crucifié. Car un Dieu a voulu être jugé sous Ponce Pilate, et mouir. - Si tu cherches un exemple d'obéissance, tu n'as qu'à suivre celui qui s'est fait obéissant au Père jusqu'à la mort: De même que la faute commise par un seul, c'est-à-dire Adam, a rendu tous les hommes pécheurs, de même tous deviendront justes par l'obéissance d'un seul. Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens terrestres, tu n'as qu'à suivre celui qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance; sur la croix, il est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronnéd'épines, enfin abreuvé de fiel et de vinaigre. Ne sois donc pas attaché aux vêtements et aux richesses, car ils se sont partagé mes habits; ni aux honneurs, car j'ai subi les moqueries et les coups ; ni aux dignités car, tressant une couronne d'épines, ils l'ont enfoncée sur ma tête; ni aux plaisirs car, dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre.
12. Jésus a souffert par amour. Benoit XVI disait récemment qu'il a transformé la signification de la souffrance, en lui donnant un sens nouveau, en la remplissant d'amour et d'espérance. En regardant son Père, il nous voit, sous le joug du péché. Il n'hésite pas à se donner à nous par amour pour son Père qui nous montrer son amour gratuit, malgré nos offenses, et en même temps, il se donne à nous pour nous délivrer du mal et nous donner l'espérance d'un monde plus beau.

jeudi 22 mars 2007

Première conférence de Carême 2007: Le regard des hommes et le regard de Dieu

Le thème du Carême, pour Benoît XVI reprend une parole de l'évangile de Jean (19, 37). Jésus est sur la croix, mort, et le narrateur montre comment s'accomplissent les prophéties sur le Messie. Ils le regarderont brisé par la mort, la douleur, la haine, mais plein de la puissance de la miséricorde.


Aujourd'hui, c'est par le regard des hommes que nous commencerons cette réflexion.

1. "Dernièrement, qu'est-ce que vous avez regardé ?". Question fréquente à laquelle nous serons portés à répondre par un titre de film ou le nom d'un programme de télévision. Mais c'est une réponse d'adulte, et certainement une réponse superficielle. Pensez-y un peu. Vous avez certainement regardé autre chose, hier ou aujourd'hui. Quel a été votre premier regard ce matin ? Celui de votre conjoint, ou, peut-être, celui que vous a reflété le miroir. Un regard fatigué qui s'apprêtait à se transformer, à s'améliorer. Logiquement, à la toute première heure de la journée, au retour des songes, il faut revenir à la réalité, et c'est notre entourage qui nous y aide. Ce n'est pas une image, ou une série d'images qui nous reconditionne, mais notre retour à la réalité, qui nous interpelle. Regarder, de cette manière signifie revenir au vrai.

Cela est remarquable dans le cas des personnes qui ont besoin d'une bonne vue pour travailler: le pilote, le chauffeur, le photographe ont besoin de leurs yeux pour appréhender le vrai... Et malheur à celui qui appréhende autre chose que le vrai, il sera ou dément, ou malade, ou menteur. Regarder, c'est accueillir le vrai, ou s'y confronter.

2. Regarder est une expérience universelle. Les enfants s'y adonnent avant même de commencer à parler. D'ailleurs, pour eux c'est déjà un langage. Regarder N'est certainement pas une recherche de la vérité philosophique, mais tous les enfants reconnaissent d'un coup d'œil une bonté authentique. Après avoir vu leur maman, ils la nomment et la reconnaissent...

3. Les animaux, cependant, pour intelligents ou sympathiques, ne regardent pas comme les enfants. On les apprécie, on les aime; ils peuvent combler nos besoins d'affection, nous faire de la compagnie, mais ils ne voient pas le monde comme nous, car ils ne font que l'utiliser, ils n'en sont pas maitres, même quand ils sont féroces, car ils ne le connaissent pas vraiment. Pour eux le monde n'est que ce à quoi il leur sert, et rien de plus. Pas de haine réelle, pas d'amour non plus. Les animaux connaissent certains aspects du réel, mais pas sa vérité. Car ils sont incapables d'en saisir tout la réalité. Ils sont confrontés au monde, sans en connaitre toute la réalité. Ce que les enfants arrivent assez tôt à faire dans leur développement personnel.

4. En d’autres occasions, regarder c’est apprécier. Apprécier la gentillesse d’un passant, lire les sentiments dans les yeux de la personne aimée, dire merci, rendre quelque chose qui nous a été donné gratuitement. Ce regard est habituellement le commencement ou l’aboutissement d’une intimité habituellement saine, mais quelques fois feinte. On peut quelques fois se laisser prendre par le regard de l’hypocrite, mais une personne suffisamment expérimentée dans les relations humaines s’y laisse difficilement prendre. Le regard franc et sincère ne trompe jamais.

5. Bien que regarder soit une nécessité biologique pour communiquer au niveau le plus élémentaire, (les animaux regardent à leur manière; les enfants regardent avent de parler) regarder a toute sa grandeur quand il nous permet de partager des univers : avec des amis, des maîtres, des collègues. Regarder exprime l’humanité d’une personne, même s’il regarde ce qui est prohibé (convoitise) ou ce qui est dangereux (le soleil). Regarder est souvent une preuve d’intelligence ou d’intérêt. L’homme de science doit regarder, l’ami se doit d’observer.

6. En somme, n’est pleinement humain que celui qui regarde attentivement.

7. Mais Dieu nous regarde aussi. Au moment de la création, il « vit » que cela était bon. Il a regardé Adam au Paradis, après la faute originelle, et Jésus, du haut de la croix, n’a-t-il pas prononcé cette prière pour ceux qu’il voyait pour la dernière fois : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc, 23, 34).

8. Jésus, qui était homme, regardait comme nous. Dans les premiers jours de sa vie, son regard a croisé celui de Marie et de Joseph. Il les a aimés, même avant de les voir, comme quoi son regard devait déjà être chargé d’amour. Plus tard, il a vu le disciple qui l’aimait. Il lui demande : « Seigneur, où demeures-tu? » Réponse : « Venez et voyez » (Jn 1, 40). Et l’évangéliste commente qu’ils ont passé le reste de la journée avec lui. Jésus regarde le jeune riche et lui souhaite ce qu’il y a de mieux : « un trésor sur la terre » (Mat 19, 21).

9. Jésus regarde aussi les pécheurs, qu’il est venu sauver. Mais il refuse de regarder les hypocrites. Quand la femme surprise en flagrant délit d’adultère et présentée à Jésus, pour l’embêter (on n’a que faire de cette pauvre femme), Jésus les regarde durement, les condamne, et détourne son regard d’eux. Il écrit sur le sable, pendant que les lâches retournent piteusement d’où ils viennent (Jn, 8, 9-9). Saint Jean continue en disant « S’étant relevé, ne voyant personne que la femme… ». Elle, la pécheresse, Jésus la regarde. Il lui donne tout son temps. Elle, embarrassée, regrette sa faute. Lui, il lui pardonne par ces mots : « Personne ne t’as condamnée… ? –Personne Seigneur. Moi non plus, je ne te condamne pas. Va désormais, et ne pêche plus ». Voilà dit, d’une façon magistrale comment Jésus nous aime, malgré nos défauts, quand nous avons le cœur contrit. Un regard semblable fut porté à un autre pécheur dans une autre page de l’Évangile : Pierre venait de renier son maître trois fois. Rien apparemment ne se produisit, mais traversant la cour, Pierre croisa le regard de Jésus, qui « se tourna et le regarda » (Lc 22, 61). Ce regard particulier remit Pierre en contact avec la réalité, et il en pleura.

10. Que dire ensuite du regard de Jésus ressuscité ? « Le soir de la résurrection, toutes portes étant closes », Jésus visite ses apôtres. En lui, aucune haine, aucun dépit. Se mots sont des mots d’accueil, de miséricorde. »La paix soit avec vous » (Jn 20, 21). Il pardonne. Voilà le regard du Dieu fait homme ressuscité des morts. Un regard de pardon.

11. Jésus, comment te regardons-nous ? Somme-nous comme des animaux, ou des consommateurs, qui regardent ce qui leur est utile ? Sommes –nous comme des travailleurs qui recherchent l’utilité dans tout ce qu’ils voient, et qui, n’en trouvant pas en toi, t’oublient rapidement jusqu’à la prochaine nécessité ? Est-il possible que je te regarde comme ces pharisiens qui voulaient te nuire en condamnant sans raison une pauvre femme adultère? Ou est-ce que je te vois comme ces accusateurs, près de Pilate, et qui, le cœur endurci crient : « Crucifie-le ». Ou encore suis-je un autre Pierre qui fuit ton regard pour ne pas te défendre publiquement ? Ai-je oublié que tu es venu me donner la paix?

12. Regarder est propre à l’homme… et propre à Dieu. C’est sans doute lorsqu’il commence à regarder son Dieu que l’homme devient plus humain. Et qu’il pourra mieux comprendre les besoins des siens, mieux les regarder. Le secret du regard est la contemplation : deux amoureux se contemplent; un enfant contemple sa mère, et sa mère le contemple; deux vieux époux, en se regardant, contemplent leur vie. Seigneur, que puis-je apprendre en contemplant tes souffrances?

13. Ce que les époux ont contemplé dans le visage de l’autre : l’amour. Ton côté transpercé nous rappelle que tu as souffert pour nous libérer; que tu as redéfini le sens de la souffrance en l’assumant dans ton amour infini. Et ton visage de ressuscité, transfiguré par ton amour me rappelle combien tu m’as aimé. Seigneur apprend moi à te regarder, apprends-moi à te contempler. Apprends-moi à découvrir l’amour qui te meut dans la paix.

14. Ton regard m’apprendra à voir les autres avec patience, miséricorde, intérêt et zèle. Tu m’apprendras à aimer. Et à pardonner.

N'oublie pas, mon ami, que nous sommes des enfants. Marie, la Dame au doux nom, est en prière.

Toi, tu es dans cette maison tout ce que tu voudras: un ami, un serviteur, un curieux, un voisin... — Quant à moi, je n'ose pas être quoi que ce soit en ce moment. Caché derrière toi, je contemple la scène, ébloui:

L'Archange transmet son message... Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco ? — Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d'homme ? (Lc 1, 34).

La voix de notre Mère ramène à ma mémoire, par contraste, toutes les impuretés des hommes..., les miennes aussi:

Et combien je hais alors les misérables bassesses de la terre!... Quelles résolutions!

(Tiré de Saint Josémaria Escriva, Saint Rosaire, 1ère dizaines, mystères joyeux)

A peine Jésus s'est-Il relevé de sa première chute qu'Il rencontre sa Très Sainte Mère, au bord du chemin où Il passe.

Avec un amour immense, Marie regarde Jésus et Jésus regarde sa Mère; leurs regards se croisent, et chaque coeur déverse sa propre douleur dans le coeur de l'autre. L'âme de Marie est plongée dans l'amertume, dans l'amertume de Jésus-Christ.

O vous, qui passez par le chemin, considérez et voyez s'il est douleur pareille à ma douleur! (Lm 1, 12).

Mais personne ne se rend compte de rien; personne ne fait attention; personne, sauf Jésus.

(Tiré de Saint Josémaria Escriva, Chemin de Croix, 4e station)